Une nouvelle production CAstudios

Une nouvelle production CAstudios

Aprés les fics de Ade et la fic de Yakigane nous acceuillons une nouvelle fic celle de emcey
Une fic "A l'ouest rien de nouveau" traitant de Saiyuki prenant place lors de la guerre de 1914 (hum c'est ce que je bosse en cours en plus)
Blue@dream



En voici la présentation faite par l'auteur :
C'est ma première fanfiction et qui n'est malheureusement pas terminée (comme on
le dit toujours) . Je suppose que je dois faire un petit résumé: (prend
maladroitement le micro) L'histoire se déroule dans le contexte de la Première
Guerre mondiale (où est le rapport -__-), la guerre des tranchées; quatre hommes
dans des camps différents, de différentes contrées vont s'affronter, se réunir à
un point central de l'Europe, oui, notre petite France ^^°. Et ces quatre
hommes, vous les reconnaitrez très facilement (chacun a un pseudonyme assez
facile à décrypter).
Je peux avertir par des panneaux de Attention, violence, vulgarités (oui oui,
doux jésus XD), et un personnage fictif qui est le seul à m'appartenir ^^ que
j'ai introduit délibérémment. Le début relève de lettres écrites par les
personnages puis un récit suivant différents points de vue en fonction des
chapitres, voilà voilà.
J'espère que ce ne sera pas trop déroutant
Emcey


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# Posté le samedi 21 avril 2007 10:04
Modifié le vendredi 05 septembre 2008 23:34

A l'ouest rien de nouveau - Emcey

Chapitre 1

A l'Orphelinat de Sainte Rosette
15 novembre 1914 France



Chère s½ur Amélie,
Ton petit rejeton se porte bien. Le travail n'est pas trop difficile. Je suis une nouvelle recrue dans mon groupe et je ne veux pas me plaindre ou brailler comme le bébé que j'étais lorsqu'on m'a déposé devant l'orphelinat. Visiblement, je suis le plus jeune parmi le bataillon et on m'appelle « bleu » en me souriant tristement. Nous creusons, on ne fait que creuser. Creuser la terre. Amélie, je ne sais rien des potins du front à part que les Allemands ne sont pas loin devant nous à creuser eux aussi. Je ne les laisserai pas envahir à nouveau le pays et saccager Sainte Rosette. C'est pour cela que je me suis enrôlé. J'ai un peu peur mais je suis content de défendre quelque chose. Cela prouve que je suis vivant. J'ai souvent faim même si je ne manque de rien en apparence. Mon uniforme bleu me va à merveille et ne gratte pas trop. Il n'y a pas trop de boue. Le vent est agréable. Mais je me sens mal à l'aise même si je sais que ces combats ne dureront pas longtemps. Tout le monde le disait à Paris, d'après les officiers. Ce sera rapidement fini et je pourrais rentrer. Ne t'inquiètes ma petite Amélie, tu sais bien que je ferai tout pour ne pas te créer de soucis. Je ne jouerai pas les braves. Je serai prudent. Je ne fais que creuser. Installer des barbelés et refuser l'alcool ou la cigarette que me tendent mes voisins. Tu me manques, ma grande Amélie. Embrasse les autres enfants de l'orphelinat de ma part.
Ton petit singe turbulent




Lettre du soldat Gobrien-Coutrard acceptée par le bureau des postes. Vive la France !


Chapitre 2

A Kyoto,
20 novembre 1914,


Ma chère Kanan,
Si tu pouvais voir cette mer du Pacifique luire sous le soleil ! Je ne peux pas dire qu'elle est belle puisque tu ne me l'auras pas dit, mon amour. Nous avons reconquis quelques îles jadis allemandes dans cette partie du globe. Mais je ne suis pas certain que les autorités japonaises ne se limitent qu'à cela. En Europe, on commence à entendre les chiens grogner encore en laisse. Ces chiens ne demandent qu'à être lâchés. Ils s'appellent Allemagne, Autriche, Russie, Angleterre ou France. Il y a un cercle vicieux d'alliances qui vient d'être enclenché et mon statut de colonel ne me permet pas d'avoir plus de précisions. Je ressens une vague négative, une vague de folie qui se retient de déferler là-bas. Les Etats-Unis doivent aussi s'inquiéter. Je suis soulagé de ne pas être près de cette bouilloire de conflits avec quelques croûtons cousins qui se lancent dans des billets doux, des ultimatums. Oui, les royaumes européens sont cousins. Quelle animation dans la famille, je dois l'avouer. Je suis aussi soulagé de ne pas être trop loin de toi. Je regrette tes plats préparés et ton vase de fleurs de cerisiers que tu arrosais tous les jours en attendant mon arrivée chaque soir. Serais-tu en train de l'arroser abondamment en ce moment précis ? Que tu me manques Kanan. Il me tarde de te revoir, mon aimée. L'odeur de thé embaume-t-elle toujours autant le sentier de notre jardin ? Ce même sentier par lequel nous rentrions de nos promenades... Kanan, j'aurais voulu regarder ce coucher de soleil en ta compagnie. Il me rappelle ton sourire si aveuglant de joie.
Reçois mes plus tendres baisers
Ton Gono


Lettre confidentielle du colonel Cho Hakkai, originaire de Kyoto.


Chapitre 3

A Saint-Pétersbourg,
30 novembre 1914



Frangin,
Je ne suis pas doué pour te rendre compte de mes ballades depuis ma fugue de la maison. Je ne pouvais plus supporter ce regard embué de larmes de haine sur moi et je ne pouvais pas supporter non plus de ne pas te donner de mes nouvelles. Comme si je voulais t'effacer. C'est une réaction de pauvre marmot que j'ai là, mais je m'en contrefous. J'ai commencé à mendier dans le froid des rues puis quelques demoiselles ont commencé à m'accueillir chez elles. J'ai eu droit à leurs caresses, leurs désirs, leurs envies, et leur argent sorti de leurs fourrures. Je te dégoûte, à ces lignes. Mais je refais une vie. Je veux être un Russe plus abrupte que la glace de Sibérie et le plus enivrant de tous les godets de Vodka. Je me débrouille très bien sans notre mère. Je connais une chaleur ailleurs. On me reconnaît, on me respecte. Je suis le roi parmi les pouilleux de mon espèce. Je suis le tsar de tous les bordels de ville. Le « Nicolas Roumanof II» aux cheveux rouges. Tu aurais honte de moi, toi le gars qui travaillait pour nous ramener de quoi subsister. Nous qui étions transis de froid et d'aigreur. Maman était toujours aigrie. Elle a dû danser dans toutes les pièces depuis mon départ, non ? Tu as dû être heureux, toi aussi, à la voir rire nerveusement en remerciant le ciel de ne plus héberger un démon dans sa mansarde. Je ne m'étends pas. Je n'en ai pas envie. Ca va me faire chialer comme un niais. Cela fait depuis juillet qu'ils mobilisent dans l'armée. Je voulais t'écrire tout d'abord pour ça. Pour te dire que je prenais le large un fusil sur l'épaule. Je vais quitter un peu ma moisissure d'existence. J'embarque à bord d'une armée de rouleau compresseur qui risque d'écraser le pays de la saucisse. Je n'aime pas la saucisse garnie avec de la choucroute. Enfin, je ne comprends rien et je ne veux rien comprendre. Tu auras lu ce torchon que j'aurai déjà levé le camp loin de vous deux. Embrasse Maman qui me hait tant.
Bien à toi
Ta sauterelle rouge des toundras

Lettre du soldat Gortok Djiorawski acceptée par le bureau des postes. Vive le tsar.



Chapitre 4

Journal de bord de Sandruck Zöcker,
2 Décembre 1914


Les barbelés sont enfin mis en place. Je n'en attendais pas moins. Les hommes ont l'air confiant et vont cloper en se servant de leurs casques à pointe comme cendriers. Nos ennemis viennent aussi de terminer leurs tranchées et les dernières galeries. Bizarrement, personne n'a ordonné de faire feu. Ce n'est pas de ces français dont je me méfie mais des troupes. Un officier n'est pas forcément bien accueilli dans cette région de gros ivrognes ou de crétins à moustache. Surtout lorsqu'on entend murmurer derrière son dos que les Fraulein* comme moi doivent rester sur le palier du foyer et non à patrouiller en passant en revue les équipements du bataillon. Je deviens alors de moins en moins patient. Je dépasse même la limite de ces lieutenants pourris qui se prennent pour des stratèges. Que dire de plus ? Cela sent la vase, le morne, le maussade. Le ciel, les arbres, tout sent déjà le consumé. Je m'ennuie déjà.

Premier rapport personnel en ce mois de décembre.
Fraulein : « femme » en allemand

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A l'ouest rien de nouveau - Emcey
# Posté le samedi 21 avril 2007 10:07
Modifié le samedi 21 avril 2007 10:25

A l'ouest rien de nouveau - Emcey

Chapitre 5

A Monsieur Souadec, soldat français,
Quelque part...

Père,
Je t'adresse ma première confidence. Si tu savais mon excitation... Je vais enfin te retrouver ! Je suis arrivée au front. On me prend pour un compagnon, un frère. Les soldats plaisantent avec moi. Je fais tout pour ne pas trop rire. Sinon, on reconnaîtrait mon déguisement. Ta fille est une idiote têtue. Maman le disait souvent à Lille, la ville où j'ai attendu un an. Papa, c'est étrange que ce ne soit pas fini. Tu as déjà bouté les Allemands hors de France et nous sommes désormais hors de danger. Pourquoi vouloir une victoire totale ? Je ne veux pas de patriotisme ou quoi que ce soit, je veux mon père. Et j'attendrai dans cette tranchée. Quelle chance qu'on m'ait affectée dans la même région que toi. Tu ne me reconnaîtras sûrement pas. Avec mes cheveux que tu aimais tant, d'un blond vénitien, coupés juste en dessous des oreilles. Et ce corps de jeune fille qui est disgracieux dans cet habit qui sent la poussière. J'ai rencontré un jeunot en travaillant dans les tranchées. Gobrien qu'il s'appelle. Il m'a l'air malicieux avec ses pupilles brillantes. Il sourit toujours. Nous sommes devenus amis. Il a insisté pour que nous soyons dans le même groupe. Même si ce n'est qu'un gamin en apparence, j'ai l'impression qu'il sait. Peut-être que lui aussi a voulu retrouver quelqu'un. Il est si jeune. Un « bleu » comme moi. J'aime beaucoup cette couleur. Nous sommes si beaux à refléter le ciel. J'ai si hâte de te revoir, Papa.
Ta Nathalie

Lettre sans destination précise de Nathalie Souadec, originaire de Lille.


Chapitre 6

A Kyoto,
30 Décembre 1914


Mon amour,
Pourquoi faut-il faire appel à nous ? Devons nous être concernés par cet affrontement ? Tout s'emmêle, Kanan. Je ne sais plus où donner de la tête. On veut encore m'éloigner de toi. La France, la triple Entente demande des forces parmi les colonies, l'Asie. Il leur faut gagner. Ma Kanan, cela me dépasse. Nous naviguons vers l'Europe. Mes hommes semblent frénétiques. Assurés de remporter facilement sur des adversaires dont on ignore les moindres facultés. Je suis pitoyable à te raconter mon anxiété. Je ne devrais pas faire autant honte à l'honneur de notre pays. Malgré cela, j'ai une peur telle que je ne maîtrise plus rien. Et je sais pertinemment qu'il s'agit du commencement. Mon amour, te portes-tu bien ? Les fleurs de nos cerisiers resplendissent-elles au-dessus de notre terrasse ? Ah ! Qu'elle est loin l'île de la patrie où tu m'aurais tendu les bras ! Ma Kanan, je me jure de te revenir. Sois confiante.
Gono

Lettre confidentielle du colonel Cho Hakkai, originaire de Kyoto.


Chapitre 7

Journal de bord de Sandruck Zöcker
13 janvier 1915

L'artillerie lourde vient de nous parvenir. Il faut avouer que cet empereur Guillaume II n'a pas lésiné sur notre confort en matière d'armes. Nous les testerons demain sur les lignes ennemies. Des aumôniers armés me frôlent en me bénissant. J'ai cru reconnaître Maître Konrad Miorkisch. Mon maître. Mince, je sais pourtant. Maître est au-dessus de nous. Il doit rire de pitié pour moi. Moi qui vais ordonner de tirer, de mettre en joue, d'actionner les canons, de lancer les obus. Au loin, le soleil ne se couche jamais. On ignore si il fait nuit ou jour. La neige recouvre tout et le souffle des hommes est intense dans les galeries. De véritables morts qui respirent. Vivement ce foutu demain. Ce n'est pas un souhait. Je désire plutôt ne pas être demain. En fin de compte, cela m'est égal.


Rapport personnel en ce début d'année 1915.


Chapitre 8

A l'orphelinat de Sainte Rosette, France,
14 janvier 1915,


Amélie, chère s½ur Amélie,
Je voudrais que tu pries Dieu pour moi tous les jours. Mais tu dois probablement t'en préoccuper depuis longtemps. Je suis en première ligne avec un certain Nathan, un compagnon qui a un visage de jeune fille. Nous sommes dans la même section et entre nous, les coudes sont serrés comme du ciment. J'essaie de tenir correctement mon fusil et je vise dans les nuages des explosions. Dès qu'un ennemi approche, je peux sentir la tension sur mon doigt quand je m'apprête à l'abattre. Mais rien ne sort et un autre soldat l'abat à ma place. J'ai honte de moi. Heureusement, Nathan est là pour me réconforter d'un grand coup dans le dos. J'ignore si nous avançons ou si nous reculons. Amélie, j'ai appris par Nathan que l'orphelinat ne se trouvait pas loin des lignes de front, au large de Douaumont. Tu connais mes nullités en géographie. Je n'ai jamais été un élève assidu. Tu me surnommais petit singe pour cette raison, je suppose. Il y a un vacarme qui met mes oreilles à sang. Je n'arrive même pas à me concentrer pour finir cette lettre. La boue a sali mes mains et risque de tacher les lignes. Pardon d'avance. Prie pour ce Nathan qui me protège sans s'en rendre compte et un petit peu pour moi aussi. Le foyer, je voudrais le revoir bientôt.
Gobrien


Lettre du soldat Gobrien Coutrard accepté par le bureau des postes. Vive la France.


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A l'ouest rien de nouveau - Emcey
# Posté le samedi 21 avril 2007 10:18

A l'ouest rien de nouveau - Emcey

Chapitre 9

A St Pétersbourg,
25 janvier 1915

Frère,
Boucherie, massacre. Je tranche parmi des corps. Je charcute des têtes, je foudroie des poitrines d'hommes. Nous sommes sur le front. Je pouvais dire que je m'amusais au début. Maintenant, les coups de feu, de mitrailleuses, sont trop agaçants, trop assourdissants. Nous avançons lentement dans nos manteaux épais. Je pense de moins en moins à me raser. Lorsque je touche mon menton, il est coupant comme une dague. J'empeste l'alcool et le sang. Je ne me suis pas lavé depuis quatre jours. Le froid mord nos mollets. Je garde espoir d'atteindre ce foutu empereur Guillaume qui rend soûl tout le continent. On apprend des agitations en politique. Frangin, je peux sentir une odeur de hargne dans le pays. Fais attention à toi, gros grognon. Je vais me bourrer un petit coup, le temps d'oublier ce pour quoi je me bats, ce pour quoi je peux crever sans regrets. Crever.

Gortok la sauterelle

Lettre de Gortok Djiorawski acceptée par le bureau des postes. Longue vie au tsar.


Chapitre 10

A M.Souadec, soldat français,
6 février 1915
Quelque part...

Mon cher père,
J'ai les mains en sang. Les mains que tu adorais caresser, sont rouges et ridées. Je grelotte dans mon uniforme. Le vin des compagnons de ma section me donne la nausée. Ils s'en remplissent comme des outres et montent ensuite sur l'échelle. Cette échelle de mort qui mène à découvert. La boue verdâtre m'envahit jusqu'aux genoux. Il y a un goût acide sur ma langue. Je perçois le vrombissement des avions au-dessus de ma tête. Ami ou ennemi ? On raconte l'arrivée d'alliés mais depuis longtemps, j'ai le pressentiment que les renforts ne nous rejoindront jamais. Où es-tu, Papa ? Parmi ces visages creusés par la fatigue, l'épuisement et la douleur, je cherche le tien. Où es-tu, Papa ? Gobrien est malade. Il a beaucoup de fièvre et a été transféré à l'infirmerie. Avec un peu de chance, ce pauvre gars aura une permission. Je serai prête à lui donner la mienne. Maman doit se lamenter à Lille. Pardonne-moi, Maman et toi aussi Papa. Mais je dois tenir. Tenir à n'importe quel prix. Les boches ne doivent pas être dans un état plus enviable. Ils restent des êtres humains. Malgré tout, j'ai beau me dire que je garde toute ma tête, tu pourrais être dans le camp en face, dans le camp ennemi, que je pourrais lancer une grenade vers toi. Sans me rendre compte. Aveuglée par la crainte de perdre sa peau. Où es-tu Papa ?
Ta Nathalie

Lettre sans destination précise...


Chapitre 11

A St Pétersbourg
10 février 1915,

Frère,
J'ai fait une rencontre assez incongrue. Faut dire que j'avais déjà les yeux embués pour être aussi surpris. J'étais assez amoché. Ma cheville ressemblait à un os à moelle broyé. Je m'étais retrouvé encombré de cadavres de toute sortes. Tous mes foutus membres étaient piégés par un vent à rompre les mâchoires. Les canons tonnaient toujours contre ma tête. C'est là que j'ai réalisé que j'avais été touché. Au niveau du flanc droit. Mon groupe avait été décimé. Je sentais des sabots charger à proximité de mon nez. J'ai bien cru disparaître. Et là. Là, un type enrubanné à l'oriental m'a hissé hors du tas. Il portait des binocles. Je n'en avais jamais vu de plus étincelantes de ma vie. J'ai bien cru qu'il m'emmenait là haut. Tout ce qui sortait de sa bouche : des psaumes. Je ne comprenais pas. Je suis mort, grand frère. Apprends-le à Mère. Elle risque d'atteindre le septième ciel. J'ai bien cru être mort. Ouvert les yeux sur un matelas dans une charrette. Je n'ai plus la force d'écrire. Je vais me reposer encore un peu. Un petit peu.
Ta grande sauterelle

Lettre du pauvre pouilleux de soldat Gortok Djiorawski qui ne peut foutrement pas envoyer cette putain de lettre à la poste militaire.


Chapitre 12

A Kyoto,
22 février 1915,

Kanan, ma belle Kanan,
Voilà déjà plusieurs mois que nous traversons les plaines de glace. Nous longeons la frontière germano-polonaise afin d'aboutir à la mer baltique pour rejoindre ces tranchées françaises où se concentrent plus de 10 milliers d'obus, ces cartouches chimiques qui déchiquètent leurs proies sans répit. Ma pauvre Kanan, je ne dois pas te parler de cela. Quelques semaines plus tôt, nous intervenions en troupes alliées dans un conflit entre Russes et Allemands. L'armée du tsar connaissait très peu de survivants. J'ai été soulagé de constater que l'un d'eux a pu être sauvé. Il me doit la vie. Si tu pouvais voir cette tignasse de coq qu'il possède ! Rouge. Sublime couleur. Ce soldat rescapé est presque entre vie et mort mais ce serait l'achever que de l'abandonner dans le désert blanc. Aussi nous accompagne-t-il. Prends soin de toi, mon amour. Veille sur moi comme tu veilles sur les cerisiers. Je peux sentir ton regard sur mon épaule, sur mon dos...
Gono qui t'aime

Lettre confidentielle du colonel Cho Hakkai.


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A l'ouest rien de nouveau - Emcey
# Posté le samedi 21 avril 2007 10:23

A l'ouest rien de nouveau - Emcey

Chapitre 13

Gobrien était terrassé par la fatigue. Les anges blonds de l'infirmerie lui procuraient des soins. Des grondements se diffusaient dans les airs. Sa fièvre avait baissé. On lui avait fait une petite inspection sanitaire pour vérifier son état. Il était heureux de ne pas être devenu un poids d'infirme.
« Je suis un petit singe après tout. » pensait-il en souriant. « Plus léger que n'importe qui. »
Il réalisa qu'il était loin du champ de bataille. Il s'inquiétait pour Nathan. Etait-il encore en vie et joyeux. Quelle belle jambe de se retrouver dans des draps à faire une cure de bien-être. Puis, plus rien. Les pas de deux infirmières l'interpellèrent.
« C'est affreux, Ste Rosette rasée si rapidement.
- Oui, on dit qu'il n'en reste plus rien.
- Pauvre de nous. Un orphelinat si grandiose. »
Il attendit que les deux femmes se soient éloignées. D'après leurs dires, la ville où se situait Ste Rosette aurait été abondamment bombardée la nuit dernière. Durant laquelle il dormait paisiblement. Rien. Rasée. Détruite. Morte. Il se leva de son lit. En serrant les lèvres. Il jaugea un miroir posé sur sa table de chevet. Son front vint se fracasser sur la paroi de verre. Une deuxième, une troisième, une quatrième fois. Durant ces secousses de brisements, il hurlait. Il hurlait comme un chien errant. Il hurlait comme si la peur de se noyer dans ses larmes le prenait. Des gens accouraient, s'agrippaient à lui. Il se débattait. Il ne désirait que se cogner le crâne. Jusqu'à qu'il ne devienne qu'un amas de chair, de sang. Jusqu'à ce qu'il ne devienne que néant.


Chapitre 14

Sandruck Zöcker dormait mal ces derniers temps. Il n'aimait pas se reposer. C'était pour lui synonyme de paresse. La foule lui soulevait le c½ur. Le bruit était pour lui infernal. Le lieutenant Zöcker possédait un petit revolver. Revolver si précieux qui se situait entre sa peau et sa chemise. Ce n'était pas un assez gros calibre pour tenir dans une offensive longue et périlleuse, mais extrêmement efficace pour prévenir tout type de mutinerie. Sandruck était ce qu'on appelait, un gars de sang-froid. En toute occasion. Avec un sang si froid que les émotions ressemblaient à des glaçons à la dérive sur son visage. Aujourd'hui, plus de cent obus ont été anéantir les fortifications ennemies. On semblait s'acharner sur l'adversaire avec un plaisir inqualifiable. Lorsqu'il avait chargé cet après-midi, son regard s'était brièvement posé sur un soldat du camp adverse. Un gringalet aussi fin qu'un fil de rasoir. Aux cils longs. Il aurait bien pu appuyer sur la détente immédiatement en le voyant se replier. Mais, son bras ne voulait pas lui répondre et le No man's land était saccagé par les tirs. Mieux valut y faire réflexion à l'abri « douillet ». Sandruck ferma les yeux malgré le bourdonnement des assauts. Il s'alluma une cigarette. Son journal de bord patientait au fond de son blouson. Il n'avait plus envie d'écrire. Cela laisserait une trace de sa solitude sur Terre. Il n'avait aucune envie de s'épanouir. Il souhaitait une mort rapide. Bien qu'il n'y est point d'homme qui ait reçu l'occasion de lui ôter la vie.
« Le vrai courage, Sandruck, ce n'est pas de risquer sa vie en sachant n'avoir plus rien à perdre. Le véritable courage, c'est d'accepter de partir en sachant avoir tout à perdre. »
Des paroles ressurgissaient. Mais le grondement même de la terre l'empêchait de chercher l'émetteur. Les voix et les armes à boucan ne font pas bon ménage...


Chapitre 15

Gortok avait l'impression que l'on pressait son crâne dans un pilon à mouler le grain. La charrette secouait atrocement. Il n'arrivait plus à fermer l'½il.
« Merde, je suis pas mort.
- C'est ce que vous vouliez, « desne » ? »
Gortok se redressa dans un sursaut. A ses côtés, un homme aux cheveux jais veillait à son chevet, les mains sur le ventre. Il portait des lunettes assez rondes. Deux cercles qui reflétaient la blancheur des steppes gelées.
« Ma parole, c'est toi qui m'as sauvé ? »
L'homme écarquilla des yeux. Et flûte. Un étranger n'est pas sensé saisir un babillage aussi fouillis que le sien.
« « Sumimasen », monsieur le Russe. Vous n'êtes pas morts. J'aurais dû vous laisser vous faire dévorer par les corbeaux, répondit l'homme avec un aimable sourire. »
En fin de compte, Gortok aurait certainement préféré se faire bouffer par des volatiles sanguinaires que de rester assis à entendre cette voix trop charitable qui faisait de l'humour noir à la nippone.
« Où sommes-nous ? demanda-t-il par monosyllabes, si bien articulées qu'un nourrisson de trois mois aurait pu saisir sa question.
- En France.
- QUOI ? »
L'homme aux cheveux de jais fit un sourire gêné en guise de façade d'excuse.
« Oui, monsieur le Russe. Vous avez fait une petite sieste durant notre voyage. »
Gortok haussa un sourcil : avait-il confondu « sieste » avec « état comateux de très longue durée » ?
« Cela fait quatre semaines que vous dormez, monsieur le Russe.
- C'est bien joli, mais qu'est-ce qu'on fout euh... que fait-on en France ?
- Monsieur le Russe, voilà justement le problème.
- Quoi donc?
- Nous allons épauler les troupes françaises face aux Allemands.
- Qu'est-ce que ça peut vous apporter, vous les nippons, de fourrer votre nez là où ça empeste le plus ?
- Ca, monsieur le Russe, c'est une question à poser à L'empereur du Japon.
- Mouais. Quelle plaie !
- Monsieur le Russe, le choix vous appartient. Vous restez avec nous et prenez à nouveau les armes à nos côtés ou vous retournez dans votre bon pays. »
Un silence s'ensuivit. Le paysage dévoilait des colonnes sinueuses s'élever au-dessus de vallons grisâtres. Cela sentait la chair et la poudre à canon. Du parfum charbonné. Gortok resta pensif.
« Vous auriez pas du feu ? Une brindille ? De quoi fumer ?
- « Sumimasen », je ne consomme pas de tabac et j'interdis à mes hommes d'en faire usage.
- Splendide, je me retrouve à des milliers de bornes de S-Péters', dans une bicoque ambulante, avec un gus joyeusement niais et par-dessus le marché, je ne peux pas me défouler sur une cigarette... Enfer !
- Vous êtes donc mort, Monsieur le Russe. Je ne pensais pas que vous auriez une vision aussi atténuée de l'enfer. »
L'homme sortit de son uniforme un papier, assez humide. Gortok reconnut sa dernière lettre.
« « Sumimasen », Monsieur le Russe. J'ai trouvé cette chose dans votre poche pendant vos soins. J'avoue que votre écriture est maladroite. Mais c'est un langage que je peux comprendre.
- ...
- Je pensais que vous auriez aimé la reprendre. Mes hommes ne donnaient pas cher de votre espérance de vie.
- Normal, je suis une sauterelle, « lorsque la bise vient, je me trouve fort dépourvue ».
- J'aurais plutôt dit un coq. Vos cheveux sont extrêmement...
- Rouges, mmh ?
- « So, so », avez-vous pris votre décision ?
- Qu'est-ce qui m'arrive si je reste ?
- Vous mourrez probablement sur un front étranger.
- Qu'est-ce qui m'arrive si je lève l'ancre ?
- Vous essaierez de traverser tous les pays en conflit de l'Europe entière jusqu'à chez vous sans escorte. »
Gortok eut un rire cynique. Ce n'est pas comme si quelqu'un l'attendait réellement là-bas.
« « Sumimasen », Monsieur le Russe. J'ai été ordonné de lutter contre les offensives germaniques et il ne m'est plus permis de faire marche arrière. Vos proches...
- Roh, ce n'est pas comme si j'allais manquer à beaucoup de monde en laissant ma peau.
- Dois-je comprendre que vous restez, monsieur le Russe ?
- Z'êtes plutôt doué à comprendre les sous-entendus pour un étranger.
- J'aime les langues occidentales, je les ai beaucoup étudiées. En revanche, je n'apprécie la manière européenne de régler ses comptes.
- Quand chacun y trouve son baril de poudre à faire exploser, personne ne rate l'occasion.
- « So desne ». »
Les deux hommes replongèrent dans le silence. Un rugissement au loin vrillait leurs tympans.
« Si je m'engage dans votre section, à qui devrais-je le plus de politesse ?
- Au colonel Cho Hakkai.
- Mmh. Et où est ce vieux croûton au nom de ferraille ?
- Juste en face de vous, monsieur le Russe. »
Gortok faillit partir à la renverse. Un officier si jeune qui lui souriait comme un gamin de bibliothèque ? Ce type devait être hors du commun pour avoir acquis un tel grade. On aurait pu attendre un centenaire que la sauterelle amatrice de belles créatures qu'il était atteigne le rang de caporal. Il n'aimait pas se retrouver avec de trop lourdes responsabilités. Ca l'emmerdait trop.
« Monsieur le Russe a sûrement un nom moins difficile à éplucher ? s'enquit sur un ton jovial le colonel.
- Djiorawski Gortok, chef. »
Gortok ricana intérieurement devant la mine déconfite de son nouveau supérieur.
« Go-Djio, parfait.
- Comment ? s'étonna le russe.
- Je préfère vous nommer Gojyo, monsieur le Russe. Etant désormais membre à part entière de notre groupe armé, il est peut-être plus adapté de vous fournir un pseudonyme. J'ai simplement pris les premières syllabes de vos nom et prénom.
- Godjio, je n'aime vraiment pas. Ca sonne comme un nom de chien.
- Oh mais, soldat Gojyo, fit le colonel Hakkai en se levant pour examiner la file de camions roulant derrière eux avec un bruit de moteur sourd étouffé par la neige, il vous faudra bien le tolérer. Cela me ferait de la peine... »
Gortok eut un rictus désespéré et se mit la tête entre les mains. Le colonel remit son chapeau de toile avec un sourire. Les flocons semblaient vibrer comme des clochettes d'euphorie.


Chapitre 16

Lorsque le soleil se levait, Nathalie se demandait si, à l'Est, la terre n'était pas plus verte, si le vent n'était pas plus doux, si le ciel n'était pas plus clair. Lorsque le soleil se couchait, Nathalie se demandait si, à l'Ouest, la terre n'était pas moins consumée, si le vent n'était pas moins amer, si le ciel n'était pas moins sombre. Ici était le juste milieu : on crevait d'une rafle de métal dans le ventre, d'un débris, de la morsure du froid, de souffles maladifs. Ici, on ne fuyait plus la mort : on la banalisait. Une mort comme une dame qui passe pour saluer et part avec un retour prometteur, un homme ou plus dans sa voiture. Gobrien était revenu hier. Il avait sur le front un bandeau crasseux qui lui encerclait le crâne. Le garçon s'était jeté dans ses bras, sans raison aucune : Nathalie avait eu son uniforme trempé de perles d'eau salée. Elle avait deviné lorsque les compagnons de la section étaient venus consoler le soldat ; quand ces derniers croyant le réconforter, lui avaient appris que les permissions allaient bientôt être distribuées et que les lettres allaient affleurer, Gobrien avait redoublé ses sanglots. Les plus cyniques des soldats l'avaient traité de « petit chiard ». Nathalie avait alors entraîné Gobrien plus loin dans les galeries, le plus loin des coups de feu. Aujourd'hui, le soleil se couchait lentement et au-delà des barbelés qui s'accrochaient au décor, cette boule de feu ressemblait à une joie qui s'éteint dans l'abîme.
« Nathan... »
Nathalie rompit sa contemplation. Gobrien, les yeux rougis par la fatigue et les joues peintes en sillons boueux, la regardait.
« Qu'est-ce qu'il y a, petit gars ? Encore un biscuit beurré ? J'en ai encore dans mes poches.
- Nathan, qu'est-ce qu'on fait ici au juste ? »
Nathalie cligna des yeux : elle ne se souvenait pas d'avoir fait ingurgité au garçon du pinard. Quelle question ! A en mourir d'hilarité...
« Ce qu'on fait ici ? On attend. Puis on perce. Comme d'habitude.
- Et les autres de l'autre côté ? Les boches, ils font quoi ?
- Ils attendent qu'on perce.
- Pourquoi ?
- C'est la stratégie, tu sais. C'est des traits d'esprit de généraux qui prétendent mener des guerres du bout des doigts.
- Je ne crois pas que c'est de la stratégie.
- Mon petit gars, tu as tout bon. »
Les galeries s'illuminaient. La neige ressemblait à des cascades de diamants sur les parois.
« Nathan...
- Oui ?
- Je peux te demander une faveur ?
- Tout ce que tu veux mais pas de rhum à volonté.
- Tu veux bien devenir mon frère ? »
Nathalie eut un hoquet de surprise. Son fusil avait tressauté dans ses bras.
« Ton frérot ? Tu n'en as pas ?
- J'ai plus de famille.
- Mais tu as forcément des amis, des gens auxquels tu tiens qui se trouvent à l'arrière, non ?
- Rasé.
- Rasé ?
- Il y a deux jours, tous mes trésors ont été rasés... »
Nathalie sentit un poids sur sa gorge. Tout ce qu'elle pouvait répondre s'évaporait devant un regard vide, épuré d'espoir. Gobrien se recroquevilla avec quelques tremblements.
« Gobrien, je connais un trésor ici. »
Le garçon leva la tête.
« Là-bas, regarde. »
Elle empoigna le garçon à hausser timidement le menton vers le paysage. Au loin, une étincelle. Ce n'était pas le soleil. C'était une chevelure. D'or fondu.
« Regarde le dieu du jour qui passe. »
Le garçon se concentra sur l'horizon. Dans les lignes ennemies, un homme marchait. Un dieu blond marchait, un masque impassible comme couronne. Un halo blanc qui éclairait son vêtement noir.
« Je l'observe tous les jours, dit-elle avec un soupir. A la même heure, au même endroit, il vient ici bouder. Non, je crois qu'il cherche un peu de calme...
- On dirait un soleil.
- Bien sûr, c'est l'esprit du jour qui veille avant de s'en aller. »
L'homme disparut dans le brouillard du crépuscule. Nathalie resta songeuse. Gobrien avait repris un pâle sourire.
« Nah, grand frère... »
Nathalie eut un nouveau sursaut. Après tout, elle ne parviendrait plus à dissimuler ce sentiment. Cette envie de panser des douleurs.
« Oui, petit gars, on reviendra l'admirer demain, fit-elle en ébouriffant le garçon.
- Avec des biscuits ?
- Avec du bon caramel au sel de Guérande !
- Et du pâté !
- Et des brioches ! »
La nuit paraissait retardée un court instant. Le temps semblait ralenti par un éclair d'espérance. Espérance de trouver un nouveau support. Espérance de revoir des divinités sortir des rayons qui gomment d'un jet les douleurs.


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A l'ouest rien de nouveau - Emcey
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# Posté le samedi 21 avril 2007 10:28